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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /Déc /2009 14:08

La véritable histoire de l'avion de la cocaïne
Latifa Mouaoued/RFI
Par Serge Daniel

Notre correspondant à Bamako a enquêté sur l’avion transportant de la cocaïne qui s’est posé dans le nord du Mali. Il raconte la surprise des autorités locales et retrace le probable itinéraire vers les côtes européennes de la drogue débarquée en plein désert. Selon les experts de l'ONU, la coke, comme l'avion, provenaient du Venezuela. 

« Les Américains viennent d’atterrir clandestinement au nord du Mali pour traquer les islamistes armés ». « Un avion libyen vient de se poser dans le désert malien pour livrer des armes à l’armée malienne ». « Un avion en détresse s’est posé en catastrophe dans le nord du Mali ». « La Grande Bretagne a débuté une opération militaire contre les combattants islamistes, qui ont assassiné (il y a quelques mois), un ressortissant britannique ». Début novembre, on se perdait en conjectures au sujet d’un appareil volant qui aurait posé son ventre dans le sable du désert malien.

« C’est un dossier chaud, qui va faire des vagues, je ne dirai pas plus, attendez-vous, dans plusieurs jours, à un communiqué », prévient de son côté, un diplomate en poste à Bamako. C’est de Dakar, tout juste après la presse malienne, qu’un diplomate onusien donnera des détails : « L’avion viendrait du Venezuela, il aurait déchargé de la cocaïne et autres produits illicites dans le nord du Mali, et il se serait écrasé au décollage ». Cette dernière information, est comme on le verra plus loin, à prendre avec des pincettes. Pour reconstituer les faits, il faut remonter au 15, voire au 16 octobre 2009. Un PA32, petit coucou d’une dizaine de places, ronronne dans le ciel du désert. La tour de contrôle de Gao repère rapidement l’appareil. Il se dit en « détresse », et « se débrouille » pour atterrir sur une piste de fortune. L’avion était, en fait, en repérage.

Début novembre, cinq véhicules 4X4 s’enfoncent dans le désert malien. Nous sommes à plus de 200 kilomètres au nord de Gao. Une route solide sur laquelle on peut faire un bout de rallye a été sommairement aménagée. Des cailloux bordent cette « piste » de moins de 1 500 mètres. L’ingénieur en chef de l’ouvrage est connu. Il revient à peine d’un voyage en Mauritanie. « Demandez-lui de vous trouver une centaine de crocodiles dans le désert où il n’y a pas d’eau, il le fera », explique un fin connaisseur du nord du Mali.

Le soleil éclaire paresseusement la zone. Un avion, sans pavillon déterminé, d’un blanc sale descend dangereusement, comme s’il allait s’écraser, au milieu de nulle part. Mais en réalité, il se pose sur « la piste ». Jeu d’enfant. Là, les versions divergent. En deux heures selon une source, des colis sont transbordés dans les véhicules 4X4 pré-positionnés. A la fin de l’opération, le feu est mis à l’appareil. Deuxième version : au départ, la stratégie aurait été de larguer d’abord « la marchandise » et d’atterrir ensuite. Si cette option n’a pas fonctionné, c’est que l’appareil n’aurait pas eu assez de fuel pour « faire son numéro » dans le ciel malien.

Par ailleurs, des documents rédigés par une source indépendante affirment que le terminus de l’avion était bel et bien le Mali. N’aurait-il pas alors déchargé tout ou partie de sa précieuse marchandise dans un autre pays avant l’ultime étape du Mali ? En tout cas, la même source signale que des bidons d’essence auraient été découverts à proximité de l’avion calciné. Le document relève aussi que les véhicules signalés sur place auraient été immatriculés au Niger. Ils auraient été chargés de la marchandise en toute quiétude, car la piste d’atterrissage de fortune est située entre deux dunes de sable. C’est aussi en toute quiétude que les pilotes de l’appareil seraient repartis de l’aéroport d’un pays de la sous-région.

L’alerte

C’est un jeune commerçant arabe qui appelle au secours de son appareil Turaya (téléphone satellite qui pullule dans le désert, comme ailleurs les téléphones portables). Un petit groupe d’habitants accoure, stupéfait. Gao, le chef lieu de la région administrative du même nom est informé. Les premiers officiels maliens qui débarquent sur les lieux, sont des éléments des services de renseignements maliens, la fameuse Sécurité d’Etat, dirigée par Mamy Coulibaly, un colonel plutôt rigoureux.

Le corps de l’appareil est toujours chaud. Il sent le brûlé. La Sécurité d’Etat relève des références de l’avion. Un gros carnet à moitié brûlé aurait également été retrouvé sur place. Ces documents distribués à des chancelleries ici à Bamako parlent : l’avion est immatriculé en Amérique du sud. Mais un pays africain, important pétrolier, pourrait avoir été le premier propriétaire de l’appareil, avant de le vendre ou de le céder à un tiers.

En tout cas, c’est le branle-bas. Le gouvernement malien ne dit mot de l’affaire. « C’est la grande gêne », estiment certains. « Chez nous au Mali, ceux qui savent, ne parlent pas comme ça », rétorque un officiel. « Il ne faut pas trop parler, sinon la parole elle-même pleure », ajoute un autre officiel. En fait, on le sait maintenant, dès l’éclatement de l’affaire, le Président malien Amadou Toumani Touré, a annulé une visite privée qu’il devait rendre à un ami malade à Bamako pour s’entretenir avec deux de ses collaborateurs.

- « C’est quoi cette affaire ? », lance-t-il, plutôt martial, glacial.
- « Ce n’est pas clair. On parle de drogue, d’armes », répond l’un deux
- « Voilà ! Vous autorisez tous le pays amis, surtout ceux qui ont les moyens d’aller sur place. Il n’y a rien à cacher. L’enquête doit être impartiale, je veux savoir ce qui s’est passé. Tous les tenants et les aboutissants doivent être connus ! », prévient le chef de l’Etat malien, vêtu d’un complet beige, ses toutes nouvelles lunettes de vue en main.

Quelques jours après, il reçoit les premiers éléments. En fait, un résumé de tous les éléments fournis par diplomates, services de sécurité, experts maliens et étrangers. Ainsi, on apprend que l’appareil est un Boeing 727. Le terminus de ce triréacteur était le désert malien. Exit donc l’information de départ selon laquelle l’appareil s’est crashé en voulant repartir, une fois son ventre vidé. « C’est simple ! Vous achetez une bouteille de Coca Cola. Quand vous buvez le liquide, vous jetez la bouteille », explique un connaisseur. Puis d’autres renchérissent en expliquant qu’il s’agissait d’un avion « cimetière », d’un « avion jetable », tel un objet dont on se débarrasse après usage. Et, c’est en guise de funérailles, qu’il a été brûlé. Par ailleurs un expert en aéronautique explique que, techniquement, l’avion ne pouvait pas redécoller, puisqu’il n’avait plus de kérosène.

Plus de deux semaines après les faits, on ne connaît toujours pas avec précision les auteurs et complices de cette curieuse affaire. Les dénonciations se poursuivent à la vitesse des pales d’un ventilateur. « Au nord, vous avez les communautés qui se rejettent la responsabilité. C’est compréhensible. Elles ont des comptes à régler entre elles », avance prudemment une source indépendante, qui reconnaît cependant, qu’il est « impensable » que des personnes basées dans cette partie du Mali ne soient pas impliquées.

Recyclage de la carlingue

Trois personnes qui ont été surprises en train de découper l’épave de l’avion sont sur le point d’être relâchées. Il s’agit, en réalité, de forgerons qui récupéraient de la ferraille. L’un d’eux s’est même blessé en s’acharnant sur l’appareil. Deux autres personnes, des ressortissants du nord du Mali, et plutôt fortunés, sont sous SPD (dans le jargon sécuritaire local, entendez Surveillance Policière Discrète).

Pour faire avancer l’enquête, l’aide des Etats-Unis sera précieuse. Les faits ont coïncidé avec l’arrivée dans la région de Gao, d’instructeurs américains chargés de former les soldats maliens dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. « Ils (américains) sont venus comme d’habitude avec leurs appareils sophistiqués, et ils sont en rapport avec leur base. Je crois que depuis quatre jours, ils ont de nouveaux éléments précis sur l’affaire », ose une source malienne. Les Américains, les Européens, mais aussi les Libyens, sont sur les dents. Tripoli a dépêché une équipe de sept personnes, dont un pilote de chasse sur les lieux de l’épave. L’enjeu est connu : la drogue qui passe par le désert commun à plusieurs pays, est une bombe qui peut détruire toute la région.

« Ce n’est pas la première fois que la marchandise emprunte ce chemin. C’est plutôt le moyen de transport, qui surprend », analyse Taofik Touré, sociologue malien, et originaire du nord. « Je ne partage pas du tout ce point de vue. Ce qu’il faut dire, c’est que c’est la première fois qu’une affaire de ce type, éclate dans le désert ». « Mais ça n’a pas commencé aujourd’hui, seulement cette fois-ci, l’affaire a éclaté, c’est tout », rétorque une source sécuritaire, originaire d’un pays voisin du Mali, qui insiste sur la bonne collaboration qui existe entre les services de sécurité du Mali et ceux de pays voisins. Profitant de cette distribution de bonnes notes entre services, un agent rajoute de manière catégorique : « Ces derniers mois, il y a eu au moins quatre atterrissages clandestins d’avion dans le désert commun à plusieurs pays de la zone ».

La route vers l’Europe

Traditionnellement, dans la région la drogue emprunte des chemins complexes. La marijuana, en provenance des pays maghrébins, remonte la bande sahélienne pour éviter la route directe vers l'Europe.  La pause dans le septentrion malien est obligatoire. Des seigneurs locaux prélèvent des taxes sur les chargements destinés à l’Europe. On raconte même que l’un d’eux, très connu a été copieusement rossé il y a environ un mois par des trafiquants. Il n’a eu la vie sauve que parce qu’il a fait le mort. Les droits de passage s’élèveraient, selon la qualité et la quantité de la drogue jusqu’à 100 millions de francs CFA. La cocaïne emprunte, en partie, le même chemin. 

Après l’étape malienne, les véhicules lourdement chargés, s’enfoncent dans le désert nigérien. Très peu de personnes rencontrées. Les complicités locales font le reste, en guidant comme un radar, les trafiquants. Ils passent comme une lettre à la poste. Chaque convoi, généralement composé de dix véhicules bourrés de drogue, pénètre soit au Tchad, soit plus généralement sur le territoire libyen. La traversée par le pays du colonel Kadhafi est à la fois facile et difficile. Pour les plus chanceux tout peut bien se passer,  sinon c’est la catastrophe. Les services libyens ont un traitement expéditif lorsqu’ils découvrent l’affaire : ils détruisent à l’arme lourde, les véhicules, la drogue et les transporteurs. Bref, lorsque la marchandise franchit le cap du sud de la Libye elle se retrouve en Egypte, dernière étape avant la remontée vers l’Europe.

La cargaison de l’avion brûlé au nord du Mali empruntera, selon toute vraisemblance, cet itinéraire. Mais un doute plane sur son transfert. Selon nos dernières informations, les auteurs et complices du coup ne se seraient pas entendus pour une question de partage de butin. La marchandise serait alors et pour le moment bloquée quelque part entre le Mali et le Niger.

tags : Drogue - Mali
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 00:28

Alvaro Uribe est lié au trafic de cocaïne en colombie

Pablo Escobar a-t-il été le parrain politique d’Alvaro Uribe ? Un document des services secrets militaires étasuniens publié lundi par Newsweek a relancé la polémique sur les liens douteux entretenus par le clan du président colombien. Dans ce rapport dressé en 1991, M.Uribe –alors sénateur– est présenté comme un « ami proche » et un « collaborateur » de feu Pablo Escobar, grand patron du Cartel de Medellin décédé en 1993. A en croire l’hebdo étasunien, le jeune Uribe aurait même fait ses premières armes en politique lors de la campagne électorale qui mena le mythique narcotrafiquant, alors au faîte de sa gloire, à la Chambre des représentants. Bogotá et Washington ont immédiatement réagi, en minimisant la portée du document. L’affaire n’en est pas moins gênante pour un Alvaro Uribe empêtré dans ses négociations avec les paramilitaires et déjà préoccupé par son éventuelle réélection en 2006. Le président se serait d’autant mieux passé de figurer dans ce véritable Who’s who du narcotrafic qu’il est régulièrement accusé de collusion avec les milices d’extrême droite, elles aussi fortement impliquées dans la production de cocaïne. Surtout que, cette fois, le brûlot cité par Newsweek n’émane pas d’un quelconque groupuscule gauchiste, mais de la Defense Intelligence Agency (DIA), l’équivalent militaire de la CIA.

Contre les extraditions

Rédigé en 1991, mais tenu secret jusqu’en mai dernier, le rapport dresse la liste d’une centaine de personnes qui seraient liées au trafic de cocaïne. Le futur président colombien y figure en 82eplace en ces termes peu ambigus : « Politicien et sénateur spécialisé [dedicated] dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux » ! Selon les limiers du DIA, cet « ami proche » de Pablo Escobar aurait non seulement « travaillé » pour son Cartel, mais aurait aussi été « lié » à une « entreprise impliquée dans le narcotrafic aux USA ». La note rappelle d’ailleurs que le jeune et prometteur sénateur était alors un farouche adversaire du traité d’extradition antidrogue que la Colombie s’apprêtait à signer avec Washington. Last but not least, le rapport disqualifie la tant vantée épopée familiale, selon laquelle Alfredo Uribe, père d’Alvaro et grand propriétaire terrien disparu en juin 1983, aurait été tué en résistant à une tentative d’enlèvement par la guérilla des FARC. Le document de la DIA soutient en effet qu’Alfredo Uribe a été « assassiné pour ses liens avec les narcotrafiquants ».

Maigre consolation, le président colombien figure en fort bonne compagnie sur la liste étasunienne, puisque, outre Pablo Escobar et ses hommes de main, on y trouve des politiciens, des avocats, des hommes d’affaires, le Cubain de Miami Leonel Martinez, deux membres de l’ETA, quelques guérilleros et « paras » colombiens, un insurgé péruvien, le chanteur Carlos Vives et l’ex-président panaméen Manuel Noriega !

Démentis

La présidence colombienne a immédiatement réagi à la publication du document par Newsweek, estimant que ces accusations étaient anciennes et que M.Uribe les avait déjà démenties lors de sa campagne électorale victorieuse de 2002. Bogotá indique en outre « étudier » l’opportunité d’une plainte contre l’hebdo étasunien.

Sur le fond, toutefois, la présidence s’est contentée de réitérer sa version de la mort d’Alfredo Uribe et de souligner que jamais la Colombie n’avait extradé autant de narcotrafiquants vers les USA que sous la présidence d’Alvaro Uribe. Celui-ci a d’ailleurs reçu le soutien sans réserve de Washington, qui souligne la « bonne coopération » antidrogue des autorités colombiennes. Et s’il a authentifié le document de la DIA, le Pentagone a averti que cette note contenait « de l’information brute non encore évaluée ». Une version accréditée par la presse colombienne, qui a relevé quelques inexactitudes manifestes dans le document.

« Exact à 95% »

Interrogé par Radio Caracol, Joseph Contreras, l’auteur de l’article, s’est dit « surpris » qu’Alvaro Uribe n’ait même pas voulu contester ses présumés liens avec le Cartel et surtout avec son parrain. S’il a admis que le document de la DIA contient effectivement des erreurs factuelles, le journaliste assure avoir « vérifié minutieusement » son contenu et affirme que « 95% ou 96% » de son contenu est avéré. Auteur d’un récent livre-enquête sur le président colombien, Joseph Contreras a aussi rappelé que l’amitié de Pablo Escobar pour le père d’Alvaro Uribe était de notoriété publique, le parrain de Medellin ayant affrété un hélicoptère et publié divers encarts dans la presse lors de l’enterrement du latifundiste.

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