Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 22:45
Stations d'interception du Réseau Echelon situées à Menwith Hill (Royaume-Uni).

Echelon est un nom de code utilisé pendant de nombreuses années par les services de renseignements des États-Unis pour désigner une base d'interception des satellites commerciaux. Par extension, le Réseau Echelon désigne le système mondial d'interception des communications privées et publiques (SIGINT), élaboré par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans le cadre du traité UKUSA.

Le réseau Echelon est géré conjointement par les services de renseignements des États membres du UKUSA :

  • la NSA (National Security Agency) pour les États-Unis qui en est le principal contributeur et utilisateur ;
  • le GCHQ (Government Communications Headquarters) pour le Royaume-Uni ;
  • le CST (Centre de la sécurité des télécommunications) pour le Canada ;
  • la DSD (Defence Signals Directorate) pour l'Australie ;
  • le GCSB (Government Communications Security Bureau) pour la Nouvelle-Zélande.

C’est un réseau global, appuyé par des satellites artificiels, de vastes bases d’écoutes situées aux États-Unis, au Canada (à Leitrim), au Royaume-Uni (à Morwenstow), en Australie (à Pine Gap) et en Nouvelle-Zélande (à Waihopai), des petites stations d'interception dans les ambassades, et le sous-marin de classe Seawolf USS Jimmy Carter, entré en service en 2005 pour écouter les câbles sous-marins de télécommunications.

Il intercepte les télécopies, les communications téléphoniques, les courriels et, grâce à un puissant réseau d’ordinateurs, est capable de trier en fonction de certains termes les communications écrites et, à partir de l’intonation de la voix, les communications orales.

Bien que plusieurs autres pays aient mis en place des systèmes similaires, comme le système surnommé Frenchelon en France, il reste aujourd’hui le plus puissant des systèmes d'écoute.

Ces réseaux peuvent être utilisés pour des actions militaires, politiques ou commerciales. Il aurait été utilisé pour faire gagner des contrats à des compagnies américaines, face à ses concurrents, comme Boeing contre Airbus.

2 000 personnes, dont 1 500 Américains, travaillent sur la base du Yorkshire au Royaume-Uni, la plus grosse hors des États-Unis. Les militantes du Women Peace Camp sont entrées plusieurs fois dans cette base, ont volé des documents et ont diffusé des informations au sujet d'Echelon.

Toutes les informations récoltées par le réseau Echelon sont analysées au quartier général de la NSA à Fort George G. Meade (Maryland, États-Unis).

Sommaire

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Histoire [modifier]

Les origines d’Echelon dans le traité UKUSA [modifier]

En 1943, les États-Unis et le Royaume-Uni, alors engagés dans la Seconde Guerre mondiale, signent un accord de coopération dans l’interception des communications, l'accord Brusa. La machine Enigma, fleuron de la cryptographie nazie, ne résiste pas à cette alliance. Pour pérenniser cette entente au sortir de la guerre, ces deux pays signent en 1947 le traité UKUSA (United-Kingdom – United States of America). Ils sont rapidement rejoints par le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Des pays tiers (l'Allemagne, la Norvège, la Turquie) signent ensuite des traités SIGINT avec les Etats-Unis, bénéficiant ainsi d'un accès restreint au réseau UKUSA[1].

Le développement Echelon pendant la guerre froide [modifier]

Pendant les premières années, les pays membres de l'UKUSA se sont cantonnés à l’interception des messages entrant et sortant de leurs territoires respectifs et à l’écoute de certains pays limitrophes. Mais dans le cadre de la guerre froide, ils développent rapidement des outils plus performants, et à plus grand rayon d’action. Au milieu des années 1970, la première base Echelon voit le jour aux États-Unis. Elle sera la première d’un vaste réseau qui couvre aujourd’hui la Terre entière. Son nom est P415, mais il est plus connu sous le nom de Réseau Echelon.

Plusieurs pays tiers rejoindront cette alliance – tels que l’Allemagne[1], la Norvège[1], la Turquie[1] ou la Corée du Sud [réf. nécessaire]. Ils n’auront toutefois qu’une importance secondaire, les cinq principaux pays de cette coalition se partageant les informations recueillies, sélectionnant celles auxquelles peuvent accéder les autres États membres et décidant quelles personnes, entreprises, ou États doivent être la cible du réseau.

Dévoilement du réseau Echelon [modifier]

Ce réseau est resté totalement inconnu du grand public pendant plus de 40 ans. Ce n’est qu’en 1988 qu’un journaliste écossais, Duncan Campbell, dévoile le projet Echelon, dans un article intitulé Somebody's listening[2]. À l'époque, celle-ci ne fait pas grand bruit et les médias s'y intéressent peu.

En 1995, le gouvernement canadien reconnaît l'existence d'une collaboration internationale dans l'échange de renseignements extérieurs, suivi en mars 1999 par l'Australie qui affirme que son gouvernement « coopère effectivement avec des organisations équivalentes d'espionnage des signaux outre-mer sous l'égide de l'alliance UKUSA »[1].

En 1996, le journaliste néo-zélandais Nicky Hager publie son livre Secret Power, détaillant la participation néo-zélandaise au réseau. Parallèlement, les affaires d’espionnage économique se multiplient (Thomson-CSF, Airbus, AT&T, etc.).

Trois ans plus tard, les premières preuves écrites sont découvertes par des chercheurs de l’université George Washington (Washington). Deux documents déclassifiés par la NSA ont été découverts, l’un datant du 3 septembre 1991 qui précise la mission du centre de surveillance électronique de Sugar Grove en Virginie, l’autre du 15 juin 1995 relatant l’activation de certains centres d’interception sur les bases aériennes américaines. La NSA a toujours nié cette alliance.

Le Parlement européen demande ensuite au STOA un rapport sur l'existence d'Echelon, rédigé par Duncan Campbell.

Les affaires connues d'espionnages [modifier]

Espionnage contre des personnes [modifier]

1945-1973 Opération SHAMROCK [modifier]

À partir de 1945, la NSA a obtenu systématiquement des bureaux des principales entreprises américaines de télégraphie (RCA Global, ITT World Communications, Western Union) l’accès aux messages câblés[3]. C’est le début de l’opération SHAMROCK qui dura près de 30 ans. De 1966 à 1973, la circulation totale de télégrammes aux États-Unis était d’environ 72 millions de messages par an. Selon la commission Church du Sénat américain, les analystes de la NSA en sélectionnaient environ 1,8 million, soit 1 sur 40, pour les exploiter avec l’aide des autres agences américaines[3].

Les diverses agences américaines établissent des listes de nom, qu'elles transmettent à la NSA afin que leurs communications soient surveillées. Ces listes incluaient le nom de 450 Américains et 3 000 étrangers, considérés par le Bureau des Narcotiques et des Drogues Dures comme des trafiquants de drogue; de 1 000 Américains et de 1 700 étrangers, classés par le FBI comme « agitateurs publics » ou terroristes; et de 30 organisations américaines et 700 étrangers désignés comme extrémistes par la CIA[4].

1967-1975 Opération MINARET [modifier]

À partir de 1967, l’opération MINARET débute. Les pacifistes (contre la guerre du Viêt Nam), les militants pour l’égalité des droits civiques (Martin Luther King, Malcolm X, Jane Fonda…) sont mis systématiquement sur écoute. Pour légitimer leurs actions les différentes agences américaines ont volontairement porté des accusations à leur encontre.

Le 8 août 1975, le lieutenant-général Lew Allen directeur de la NSA, reconnaît devant la commission Pike de la chambre des Représentants que : « La NSA intercepte systématiquement les communications internationales, les appels téléphoniques comme les messages câblés »[4]. Il reconnaissait également que des messages adressés à des citoyens américains ou émanant d’eux avaient été illégalement interceptés dans le processus destiné à rassembler des renseignements concernant l’étranger[4].

En août 1977, Abdeen M. Jabara, avocat de Détroit, intenta un procès au FBI[5]. Il devint le premier et le seul Américain à provoquer la révélation de l’étendue de la surveillance exercée sur lui par la NSA. Entre 1967 et 1973, la NSA avait procuré au FBI le contenu de six appels téléphoniques et télégrammes passés à l’étranger par cet homme. Celui-ci apprit également que la NSA avait transmis des renseignements le concernant à treize agences fédérales américaines et à trois gouvernements étrangers. Il obtint temporairement qu’il soit interdit à la NSA d’écouter ses communications, et la destruction du matériel et des dossiers le concernant[5]. Quelques années plus tard le dossier fut classé sans suite.

 

Espionnage économique [modifier]

Lutte contre la criminalité [modifier]

Les opposants [modifier]

Jam Echelon Day [modifier]

En 1999, un groupe d’« hacktivists » lance une campagne de mobilisation contre le système ECHELON en tirant parti de son prétendu point faible : son dictionnaire de mots-clés. Le 21 octobre 1999 est déclaré comme étant le « Jam Echelon Day », la journée d’engorgement du réseau ECHELON. Les internautes sont invités à ajouter à tous leurs messages électroniques une liste de mots-clés propres à faire réagir le système de tri. Selon les militants, le système d’écoutes pourrait alors être submergé par la masse de messages à traiter. Mais bien vite cette affirmation est mise en doute. William Knowlse qui fut le premier à préparer une liste de mots-clés dès 1998 déclare « J’ai amassé ces mots-clés au fil de mes lectures, sans vraiment penser à déstabiliser les services secrets […] Je doute qu’une liste vieille de plus de deux ans puisse créer des ennuis à la NSA ». Duncan Campbell, spécialiste du réseau ECHELON, ajoutera même « Il suffit aux employés de la NSA de demander à leurs ordinateurs d’ignorer les messages contenant plus d’une dizaine de mots-clés. Le réseau ECHELON serait alors protégé et ne subirait aucun engorgement ».

En 2001, l’action est relancée avec un but plus informatif. Son principal objectif est de faire comprendre aux citoyens que la liberté de pensée et d’expression est menacée. Le second objectif est de fournir des avis, des logiciels pour sécuriser les communications des entreprises et des particuliers. Cependant le message passe mal, et a des difficultés à sortir d’un cocon d’internautes spécialisés.

Women Peace Camp à Menwith Hill (Royaume-Uni) [modifier]

Menwith Hill, dans le Yorkshire, au Royaume-Uni, est la plus grande base (F83) du réseau ECHELON[1]. Près de 2 000 personnes y travaillent dont plus de 1 200 Américains[8]. La base F83 a pour fonction principale la collecte et le traitement des données des satellites SIGINT; sa seconde fonction majeure (MOONPENNY) consiste à intercepter les données des satellites civils ou militaires d'autres pays[1]. Gérée en collaboration avec le GCHQ britannique, elle est sous l'autorité de la NSA[1].

Depuis au moins 1975, la Post Office britannique (désormais British Telecom, BT) branchait des câbles par lesquels transitaient les appels téléphoniques internationaux émis depuis le Royaume-Uni vers Menwith Hill[8]. En 1992, un nouveau câble optique par lequel pouvait transiter plus de 100 000 appels téléphoniques a été dévié vers Menwith Hill par BT[8].

Un groupe de femmes, la Women Peace Camp, âgées en moyenne de plus de 60 ans, s'oppose à cette présence. Dès 1994, elles installent des caravanes en face de la base; évacuées sans ménagement elles alertent l’opinion publique. Pendant plus de 2 ans, elles se sont introduites plusieurs fois dans la base et ont fait ses poubelles sans éveiller les soupçons. Grâce à des photocopies ratées des fax elles réussissent à mettre à jour près de 250 systèmes opérant à Menwith Hill, et plusieurs bases implantées sur le sol britannique inconnues jusqu’à présent.

Suite à leurs multiples actions, elles multiplient les procès et les périodes d’incarcération. Ainsi Ann Lee a été condamnée en 2007 à deux mois de prison ferme pour avoir découpé une grille de sécurité, Helen John âgée de plus de 60 ans a été condamnée 34 fois et a fait 18 mois de prison.

Stations d’interception [modifier]

Un radôme à Menwith Hill
Bunker de surveillance à Silvermine (Afrique du Sud)

Voici la liste des stations connues ou suspectées de participer au réseau Echelon :

Principales stations [modifier]

Autres stations [modifier]

Anciennes stations [modifier]

Annexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Documents audiovisuels
  • Echelon Le pouvoir secret de David Korn-Brzoza (coproduction France 2 - Kuiv production) où différents anciens membres du réseau témoignent.
Livres
  • Nicky Hager (1996), Secret power, New Zealand's Role in the International Spy Network, Craig Potton Publishing, Nelson, NZ; ISBN 0-908802-35-8; 1996
  • S. Lizin, Ch. Van Parys. Rapport sur l’existence éventuelle d’un réseau d’interception des communications, nommé « Echelon ». Sénat et Chambre des représentants de Belgique, 25 février 2002. 70 pages.
  • Arthur Paecht, Rapport d’information sur les systèmes de surveillance et d’interception électronique pouvant mettre en cause la sécurité nationale. Assemblée nationale (France), 11 octobre 2000. 89 pages.
  • Gerhard Schmid, Rapport sur l’existence d’un système d’interception mondial des communications privées et économiques, système d’interception ECHELON. Parlement européen, 11 juillet 2001. 202 pages. Rapport A5-02-64/2001
  • Development of surveillance technology and risk of abuse of economic information.Scientific and Technological Options Assement (STOA), 1999
    • Peggy Becker, Présentation et analyse. Volume 1.
    • Duncan Campbell, Interception Capabilities 2000 (trad. française : Surveillance électronique planétaire, éditions Allia, 2001, rééd. 2005), rapport rédigé par le STOA pour le Parlement européen. 'The state of the art in communications intelligence (COMINT) of automated processing for intelligence purposes of intercepted broadband ultilanguage leased or common carrier systems, and its applicability to COMMINT targetting and selection, including speech recognition'. Volume 2.
    • Franck Leprevost, Encryption and cryptosystems in electronic surveillance: a survey of the technology assessment issues. Volume 3.
    • Chris Elliot, The Legality of interception of electronic communications: a concise survey of the principal legal issues and instruments under international, european and national law. Volume 4.

Notes et références [modifier]

  1. abcdefghijklmnopqrst Rapport IC 2000 (Interception Capabilities 2000) publié pour le Parlement européen par le Bureau d'Evaluation des Options Techniques et Scientifiques (STOA), et publié et traduit in Duncan Campbell, Surveillance électronique planétaire [archive], Editions Allia, Paris, 2005, p.17-24 spécifiquement sur l'UKUSA
  2. Duncan Campbell, Somebody's listening [archive], dans The New Statesman, 12 août 1988, pages 10-12
  3. ab Duncan Campbell, op.cit., p.37
  4. abc Duncan Campbell, op.cit., p.38
  5. ab Duncan Campbell, op.cit., p.39
  6. (en) Série d'articles du New York Times [archive]
  7. (fr)Le réseau Echelon au secours de Maddie, Alain Charret, Centre français de recherche sur le renseignement [archive]
  8. abc Duncan Campbell, BT condemned for listing cables to US sigint station [archive], 4 septembre 1997
  9. ab Duncan Campbell, op.cit., p.77

Voir aussi [modifier]

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Echelon.

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 19:31

11 février 2009

La fin de la Brise de Mer

Dernier règlement de compte2009-02-10T223533Z_01_APAE5191QRC00_RTROPTP_3_OFRTP-FRANCE-CORSE-ASSASSINAT-URGENT-20090210.jpg
Cette fois, c'est bien la fin.
La bande de la Brise de Mer, légende du grand banditisme corse, à vécu.
Avec l'assassinat de Pierre-Marie Santucci d'une balle en pleine poitrine, mardi soir à Vescovato, au sud de Bastia, l'acte de décès du célèbre gang de truands insulaires, régnant sur la Haute-Corse depuis le début des années 80, peut décemment être dressé.
« Fumé » dans les règles de l'art à la sortie d'un bar, Santucci, 51 ans, était le dernier pilier de la Brise encore en activité.

Des caïds décimés
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En un peu moins d'un an, les trois autres « parrains » de la bande avaient déjà disparu dans des morts violentes
En avril 2008, Richard Casanova était tombé sous les balles de tueurs à moto dans un garage automobile de Porto-Vecchio.
En juillet suivant, Daniel Vittini avait pris plusieurs balles dans la nuque et le dos dans le maquis près de Corte.
En janvier dernier, c'était au tour de Francis Mariani, de disparaître dans l'explosion – peut-être accidentelle - d'un hangar bourré d'explosifs.
Les principaux « opérationnels » de la bande, les braqueurs expérimentés comme José Menconi, Jacques Mariani, Alexandre Vittini ou Doumé Battini, sont tous derrière les barreaux, purgeant de longues peines.

Une vraie guerre des gangs
Or la nature du grand banditisme a horreur du vide. De nouvelles équipes cherchent à se faire une place sur les ruines de la Brise.
D'où une impressionnante série de règlements de comptes.
L'année dernière, selon les chiffres officiels, 21 assassinats ont été perpétrés sur l'île de Beauté contre seulement sept l'année précédente.

Qui arme les tueurs ?Bastia-photo-8.jpg
L'identité de ceux qui ont décidé d'éradiquer la Brise, c'est-à-dire de s'installer à sa place est encore très incertaine.
Les flics sont dans le bleu.
Au début de la vague de règlements de comptes, ils voyaient la bande dite de « la plaine orientale », réputée sans pitié. Mais les deux frères Federicci, considérés comme les patrons de la bande, sont tous les deux derrière les barreaux.
On parle maintenant, d'une piste plus séduisante intellectuellement, celle du « Petit bar », un groupe de voyous implanté en Corse-de-sud, ayant l'habitude de se réunir dans ce troquet d'Ajaccio.
Un peu comme, trente ans plus tôt, des truands bastiais se retrouvaient dans un bar du port répondant au doux nom de « La Brise de Mer »...
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 19:22

Le gang de la Brise de mer est un groupe de criminalité organisée corse qui doit son nom à un bar du vieux port de Bastia, en Haute-Corse, quai de la Marine, aujourd'hui rebaptisé "Le Méditerranée", qui servit de lieu de réunion à certains de ses membres.

Réputé pour ses actions d'éclat, violentes et militarisées, ses membres opèrent en Corse, en France continentale et en Europe. On lui attribue en particulier, le vol de l’Union de banques suisses (UBS) à Genève en Suisse, l'attaque contre la malle de Securipost en 1991 et un Mercure d'Air France en 1992. Elle est impliquée notamment dans le blanchiment d'argent sale et dans le milieu du foot avec notamment des liens supposés avec le club de Bastia[1].

Sommaire

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Les actions du gang [modifier]

À la fin des années 1970 plusieurs hommes, âgés d'une vingtaine d'années à quarante ans, prennent l'habitude de se réunir dans un bar du vieux port de Bastia, quai de la Marine, nommé à l'époque "Brise de Mer". Ces hommes se livrent tout d'abord à des actes de petite délinquance, pas nécessairement avec énormément de succès. En effet, une fois ils seraient montés sur un braquage à deux ou trois, mais arrivés sur place, se seraient aperçus qu’ils avaient oublié leurs calibres[2].

Leur premier grand coup répertorié, c’est un vol à main armée, en 1982, à Bastia, au préjudice d’une agence du Crédit lyonnais[3]. Le 12 avril, ils neutralisent le système d'alarme de la banque, profitant du long week-end de Pâques, mais sont dérangés par le concierge et fuient avec un butin estimé à 30 millions de francs.[4]

En mai 1984, à Toulouse, une fusillade oppose la police à sept individus, qui viennent de fracturer 90 coffres dans une Caisse d'épargne. Un auteur de l'attaque, François G. est interpellé sur place et l'enquête permet d'établir que ses complices appartiennent à la "Brise de Mer". Le 3 octobre 1984, à Neuilly-sur-Seine, une affaire similaire conduit à l'arrestation de trois individus dont deux membres de la même bande[5]. Le groupe continue ses larcins après celui-ci et réalisent le « casse du siècle » le 25 mars 1990: un hold-up dans une agence de l’Union des banques suisses. 31 millions de francs suisses sont dérobés (125 millions de francs français)[6]. Le butin ne sera jamais retrouvé, sur les huit personnes concernées par l'enquête, aucune ne sera condamnée.

Une dizaine de « familles » concourraient aux activités délictueuses de la Brise de mer. La Brise de mer disposerait d'un patrimoine évalué entre 120 et 150 millions d'euros. Cet argent provenant de braquages est blanchi sur l'île par l'acquisition d'établissements de nuit, de bars et de machines à sous. Leurs activités s'étendent aussi sur les cercles de jeux et casinos jusqu'en Afrique et l'Italie.

Membres supposés [modifier]

Une vague d'assassinats [modifier]

Depuis 2008, plusieurs membres supposés du gang de la Brise de mer ont fait l'objet d'un assassinat: Richard Casanova (23 avril 2008, Porto-Vecchio), Daniel Vittini (6 juillet 2008, Poggio-di-Venaco), Francis Mariani (15 janvier 2009, Haute-Corse), Pierre-Marie Santucci (10 février 2009, Vescovato) [14].

Armata Corsa [modifier]

Des liens avec les nationalistes corses seraient aussi une caractéristique du gang de la Brise de Mer comme l'a laissé supposer la récente affaire Charles Pieri, qui est un proche de Francis Mariani, un des chefs du gang. Ce lien supposé s'est trouvé renforcé lors de l'affaire « Armata Corsa » où la concurrence entre le « courant Pieri » majoritaire était en lutte avec les fidèles de François Santoni.

Dans cette lutte d'influence, des membres supposés du gang de la Brise de mer auraient effectué le travail d'assassinat des membres du groupe nationaliste Armata Corsa (organisation nationaliste dissidente), dirigé par François Santoni.[15]

Dans cette affaire, Jacques Mariani et Joseph Menconi ont été jugés en juin 2006 au tribunal de Créteil (Val-de-Marne).

Sur quelques membres supposés [modifier]

  • Pierre-Marie Santucci a été condamné le 2 mai 2002 à trois ans de prison et 3 000 euros d'amende pour recel de vol de véhicule et port d'armes en réunion dans une affaire d'extorsion de fonds. Il s'était évadé avec Francis Mariani de la prison de Borgo (Borgo, Haute-Corse) en 2001 grâce à une fausse levée d'écrou transmise par fax. Il a été abattu par arme à feu sur un parking le 10 février 2009. [16]

Liens internes [modifier]

Citations [modifier]

« Une seule balle, un seul tir », épitaphe prononcée par le procureur de Bastia, après l’assassinat de Pierre-Marie Santucci.

Références [modifier]

  1. http://www.investigateur.info/affaires/corse/articles/gang.html [archive]
  2. Blog de Georges Moréas, commissaire principal honoraire de la police nationale [archive]
  3. Blog de Georges Moréas, commissaire principal honoraire de la police nationale [archive]
  4. Le banditisme local "Brise de Mer" [archive]
  5. Le banditisme local "Brise de Mer" [archive]
  6. Le Rapport Marion sur "La Brise de Mer" [archive]
  7. Les RG savaient que Richard Casanova était menacé, lepoint.fr, 23 avril 2008 [archive]
  8. Brise de Mer : les Mariani trinquent, Métro, 18 avril 2008 [archive]
  9. Évasion par fax, L’Express, 21 juin 2001 [archive]
  10. Les Parrains corses, Jacques Follorou & Vincent Nouzille
  11. http://www.investigateur.info/affaires/corse/articles/rutily.html [archive]
  12. http://www.investigateur.info/affaires/corse/articles/rutily.html [archive]
  13. Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, abattu, AFP, 10 février 2009 [archive]
  14. Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, abattu, AFP, 10 février 2009 [archive]
  15. Meurtres à l'ombre de la Brise de mer, Libération, 22 juin 2006
  16. Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, abattu, AFP, 10 février 2009 [archive]
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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /Juin /2009 19:53

Un marchand d’armes parle

 

CE n’est pas tous les jours qu’un marchand d’armes déballe sur la place publique les trafics dont il est témoin. Bernard Stroiazzo, qui vient de publier « la Manipulation de Kerbala » (1) n’a rien d’un baroudeur. BCBG, hâlé comme tout membre de la jet-set qui se respecte, il raconte son histoire : fils d’un petit industriel de l’est de la France, il est devenu marchand d’armes par hasard, sur proposition de hauts fonctionnaires turcs, au début des années soixante-dix et il n’en a pas honte, même si aujourd’hui, après ce qui lui est arrivé, il a laissé tomber : « Tant que le monde fonctionnera à coup de rapports de forces, il y aura des marchands d’armes, dit-il. Ce n’est pas nous qui décidons les guerres, c’est le politiques. »

D’abord simple intermédiaire il se fait une pelote confortable avec la Turquie et beaucoup de relations dans « le complexe militaro-industriel ». Un beau jour, on l’approche pour des affaires plus juteuses et moins claires. Ça commence, en 1982, par des obus pour une milice libanaise. Puis en 1984, c’est l’Iran. On est en pleine guerre du Golfe, l’Iran est isolé, soumis à embargo et tous les occidentaux fournissent son adversaire : l’Irak. Il commence par vendre à Téhéran des bombes à fragmentation chiliennes. Mais les choses tournent mal : les bombes sont défectueuses (sans doute sabotées par un concurrent ou par les Américains) et un chasseur F4 se crashe au cours d’un essai. On est en 1986.

« A ce moment-là, miraculeusement, une entreprise publique française (dont il refuse de dire le nom mais dont le P-DG est nommé en Conseil des ministres, NDLR) m’a fait un cadeau incroyable en me proposant de vendre à l’Iran un produit qu’il cherchait désespérément : des klystrons. Sans ces boîtiers électroniques, les 240 missiles Hawk que venaient de livrer les Etats-Unis par l’intermédiaire d’Israël ne servaient à rien. Or les Américains refusaient de livrer des klystrons tant que leurs otages du Liban ne seraient pas libérés. Les Français, eux, voulaient remporter le formidable marché de la couverture radar de l’Iran que la firme britannique Plessey était sur le point de signer. Ils m’ont choisi comme intermédiaire parce que j’avais les circuits, les mêmes que les Américains : North, que j’ai croisé à Téhéran, a utilisé le même Boeing que moi pour amener mes bombes chiliennes. »

« J’ai accepté, dit Bernard Stroiazzo, parce que c’était le pays agressé, alors totalement étranglé par l’embargo. » En réalité, il le reconnaît, il a surtout été fasciné par l’importance des contrats et les sommes colossales en jeu. « J’ai mis le doigt dans l’engrenage et, après, j’ai été entraîné dans la spirale et j’ai failli être broyé. »

Au début, tout marche comme sur des roulettes : 10 klystrons sont livrés à l’Iran sur les 20 promis. Début 1987, leur utilisation manque de faire basculer la guerre. « Lors de l’offensive Kerbala 5 et Kerbala 6, les avions irakiens tombaient comme des mouches. Les Hawk ont été réactivés et personne ne sait encore par qui, raconte-t-il. C’est là qu’il a dû se passer quelque chose. L’intervention de la France perturbait le jeu américain. Un beau jour les dirigeants de la société qui fournissait les klystrons m’ont fait savoir qu’il y avait un veto venu d’en haut. » Venait-il de l’Elysée ou de Matignon (on était en pleine cohabitation) ? Il affirme n’en rien savoir. Les Iraniens, eux, le tiennent pour responsable et refusent de le laisser partir. A Paris, tout le monde le laisse tomber. Officiellement, il ne s’est rien passé.

« Pourtant, dit-il, les autorités étaient forcément au courant. Il s’agit d’une société publique et les Iraniens qui venaient négocier avec elle à Paris avaient des visas régulièrement. Il n’y avait rien de clandestin. »

Après des péripéties dignes d’un roman policier, Bernard Stroiazzo finit par s’échapper. A Paris, on lui fait savoir qu’il risque sa vie s’il parle. D’où ce long silence qu’il vient de briser. « Pour exorciser toute cette histoire et montrer ce qu’est le complexe militaro-industriel », dit-il. Il est sévère avec les dirigeants français. « On est complètement inféodés aux Etats-Unis, dit-il. Regardez ce qui ce passe. Des conflits éclatent partout. C’est les Américains qui règlent au mieux de leurs intérêts. La France, qui a une des meilleures industries d’armement du monde, vient derrière, s’ils le veulent bien, et elle ramasse les miettes. Ils nous donnent des claques à longueur de journée, ils ferment leur marché à nos produits, détruisent notre industrie, et on se laisse faire. »

(1) « La manipulation de Kerbala » est publiée aux Presses de la Cité.

FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN.

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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /Juin /2009 19:30

Confessions d’un marchand d’armes

Jacques Monsieur n’est pas un homme aussi banal que son patronyme et son visage pourrait le laisser croire. Ce marchand d’armes belge qui a passé un an et demi en prison en Iran pour espionnage livre « sa » vérité sur ses activités. Notre envoyé spécial l’a rencontré dans un grand hôtel de Bruxelles. Il est question de l’Iran, du Congo-Brazzaville, de la Croatie, de la Bosnie, du Tchad mais aussi de la France et des Etats-Unis.

RFI : Peut-on dire de vous que vous êtes un marchand d’armes ?

Jacques Monsieur : Je suis un marchand d’armes qui sort de l’ordinaire, parce que le commerce d’armes n’était pas ma principale activité. Elle en cachait une autre : à savoir celle pour laquelle j’ai été condamné en Iran, c’est-à-dire le renseignement.

RFI : Pourquoi avoir choisi cette couverture ?

Jacques Monsieur : Il y a plusieurs raisons à cela. La raison principale, c’est que cette couverture me permettait de beaucoup voyager et d’entrer dans certains pays difficiles d’accès et surtout d’entrer dans les départements qui nous intéressaient. J’ai accompli un certain nombre de missions pour le compte de l’armée belge, principalement dans les pays de l’Est, ainsi que pour le compte de l’OTAN, puisque la Belgique fait partie de l’OTAN.

RFI : Et pour être tout à fait clair, vous travaillez en partie pour les Américains, mais pas pour des services de renseignements américains ?

Jacques Monsieur : Ce n’est pas tout à fait exact. J’ai eu des relations avec certains services américains. Mais je préfère ne pas le préciser.

L’Iran

RFI : Vous restez une dizaine d’années en Belgique à exercer cette activité et très vite, en 1985-86, on vous demande de vous intéresser à l’Iran. Vous allez donc être lié à cette affaire que, plus tard, on appellera l’Irangate ?

Jacques Monsieur : L’Irangate était une tentative, principalement des Américains, de tenter de maintenir un équilibre entre les forces armées irakiennes et les forces armées iraniennes. A un moment donné, les Iraniens se sont retrouvés très affaiblis face aux Irakiens, principalement en raison d’un manque d’approvisionnement à cause de l’embargo décrété contre l’Iran. Ce qui n’était pas le cas de l’Irak, qui n’a jamais subi d’embargo à cette époque. Donc, si l’on voulait maintenir un équilibre entre l’Irak et l’Iran et ne pas donner trop de puissance à Saddam Hussein, il fallait se résigner à un moment à rééquiper les Iraniens. J’ai donc organisé l’acheminement de certains matériels. Il s’agissait de missiles de fabrication américaine, vendus aux Israéliens, dans le contexte des crédits militaires [Ndlr : autrement dit, livrés gratuitement à Israël] et revendus, avec l’accord des Américains, aux Iraniens.

RFI : Cela semble tout à fait surprenant que les ennemis officiels se revendent des armes…

Jacques Monsieur : Oui et non. A l’époque, pour les Israéliens, les Irakiens étaient plus des ennemis que les Iraniens. Après, ça a changé.

RFI : Concrètement, en quoi consistait votre travail ?

Jacques Monsieur : Mon travail consistait, d’une part, à faire une étude sur la situation militaire de l’Iran et, d’autre part, à essayer de réorganiser certains réseaux de renseignement dont nous ne disposions plus depuis la prise d’otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran. J’ai livré du matériel militaire : des pièces de rechange pour avions, pour véhicules blindés, du matériel de communication. Mais pas d’armes ou de munitions. Deuxième précision : ma mission était de contacter différents départements des forces armées iraniennes, d’essayer d’obtenir un maximum d’informations en proposant la vente des composants que je viens d’évoquer.

RFI : Quels étaient vos centres d’intérêt au sein de l’armée iranienne ?

Jacques Monsieur : Plusieurs nous intéressaient, ceux présentant un danger particulier pour l’Occident. La gendarmerie n’était pas notre première cible par exemple. En revanche, les départements de la Marine, la force aérienne, l’industrie militaire, la fabrication de missiles balistiques, tout ce qui concerne le domaine nucléaire… Les Gardiens de la révolution, qui représentent un corps séparé de l’armée, nous intéressaient aussi. Sans oublier la politique.

La France

RFI : Au début des années 90 vous déménagez en France. Dès le début, vous alertez les autorités françaises de votre installation en France et de ce que vous allez y faire. Pourquoi ?

Jacques Monsieur : Avant mon installation, comme je tenais à tout prix à rester en bons termes avec la France, j’estimais de mon devoir d’informer qui de droit, de qui j’étais et de la vraie nature de mes activités. Certaines autorités belges ont donc pris contact avec la DST française [Ndlr : Direction de la surveillance du territoire, le contre-espionnage français], car eux sont responsables de ce genre de choses. Avant mon installation, j’ai donc eu plusieurs entretiens avec la DST où l’on a fait le point sur ma situation, sur ce qui pouvait se faire et pas se faire. C’est ainsi que l’on a trouvé un modus vivendi.

RFI : Lequel ?

Jacques Monsieur : D’une part, il était établi que mes activités liées au commerce de matériel militaire s’exerceraient à l’extérieur de la France. A l’époque, nous avons évoqué le fameux décret-loi de 1939 qui règle toutes les facettes de ce commerce, ce qui peut se faire ou pas se faire, avec ou sans autorisation du ministre de la Défense. Donc, il était clairement établi et convenu que jamais je n’importerais ou n’exporterais de matériel vers ou au départ de la France, que je ne ferais pas transit, et que je ne fabriquerais pas sur le territoire français.

RFI : Et vous avez respecté cet accord ?

Jacques Monsieur : Bien entendu.

RFI : Quelle était la contrepartie que vous demandait le contre-espionnage français ?

Jacques Monsieur : Le contre-espionnage français ne m’a demandé aucune contrepartie. Je me sentais très bien en France, un pays ami qui m’a très bien accueilli à l’époque. Je tenais à entretenir les meilleures relations possibles avec la France dans son ensemble et le contre-espionnage en particulier. J’ai donc proposé moi-même une collaboration. Comme, à l’époque déjà, le Moyen-Orient et l’Iran étaient des sujets brûlants qui intéressaient tous les pays occidentaux, et comme la France, à cause de son implication passée avec l’Irak, ne disposait pas d’un réseau de renseignement important sur l’Iran, j’ai proposé à la DST de bénéficier de certaines informations que j’obtenais en Iran, des informations susceptibles d’intéresser la France.

RFI : Par exemple ?

Jacques Monsieur : Tout ce qui concerne la puissance militaire de l’Iran ou tout ce qui concerne la sécurité de la France.

L’ex-Yougoslavie

RFI : Abordons l’opération de fourniture d’armes iraniennes à la Bosnie et à la Croatie, pays en guerre et sous embargo de l’ONU. Elle commence par un rendez-vous à Zagreb où vous allez rencontrer le président Tudjman…

Jacques Monsieur : Il a été décidé, par certaines instances, qu’il fallait faire quelque chose pour les souffrances de ces deux peuples. Le mandat des militaires de l’ONU et de l’OTAN envoyés sur place était très limitatif. Ils avaient juste un mandat d’observation, même pas un mandat de riposte. Donc, il a été décidé de les aider. On m’a donc organisé un rendez-vous avec le président Tudjman, que je ne connaissais pas. Nous avons fait un tour d’horizon de la situation militaire, des équipements dont disposait l’adversaire, les Serbes, et de tous les manques de la nouvelle armée croate. Après, j’ai fait mes rapports, j’ai transmis à qui de droit et puis on a étudié ce qu’on pouvait faire. J’ai organisé une série de livraisons de matériels militaires, à la Croatie d’abord, puis à la Bosnie. Il y avait de tout : des équipements, des munitions, de l’armement.

RFI : Des livraisons importantes ?

Jacques Monsieur : En Croatie, les fournitures se sont faites principalement par voie maritime, donc c’était conséquent, oui. Pour la Bosnie, les livraisons se sont faites par voie aérienne.

RFI : A l’époque, toute cette zone est soumise à un embargo sur les armes, avec un blocus naval. Donc, ces livraisons n’ont pu se faire sans une intervention directe auprès de l’armée américaine…

Jacques Monsieur : Je ne dirais pas « l’armée américaine ». Dans un premier stade, à l’époque où la guerre a éclaté uniquement en Croatie, l’ONU avait décrété un blocus naval dans toute la mer Adriatique. Donc il était pratiquement impossible d’avoir accès à un port croate ou yougoslave sans passer par ce blocus avec tout ce que cela impliquait : des contrôles en mer Adriatique, la surveillance dans les ports yougoslaves… Donc, effectivement, sans un certain « feu vert » il était impossible d’acheminer ces matériels là-bas sur place.

RFI : Après la guerre en ex-Yougoslavie s’ouvre une nouvelle période où vous revendez des armes iraniennes dans divers pays africains : y a-t-il une raison à cela ?

Jacques Monsieur : Non, aucune. Nous avons fait plusieurs transactions avec l’industrie militaire iranienne, cela nous permettait à chaque fois d’en savoir plus. Le problème, c’est qu’il fallait toujours trouver un débouché pour ce matériel, car nous ne pouvions pas toujours tout financer et tout stocker. Donc, c’est un concours de circonstances, de hasards. Tout n’est pas parti en Afrique. Du matériel est parti en Amérique du Sud ou en Asie. En fait, le débouché du matériel dépendait du pays où on pouvait recéder le matériel acquis dans le cadre des activités de renseignement.

RFI : Ce n’était pas dangereux, pour prix de ce renseignement, d’aller fournir des armes à des pays en guerre ?

Jacques Monsieur : On a rarement fourni à des pays en guerre. En dehors de la Croatie, de la Bosnie et du Congo-Brazzaville, la plupart du temps les armes étaient fournies à des pays qui n’étaient pas en guerre.

Le Congo Brazzaville

RFI : Au Congo Brazzaville, vous aviez un rôle officiel auprès du président Lissouba ?

Jacques Monsieur : Oui, j’avais été nommé par le président Lissouba, comme conseiller à la présidence, en 1994 ou 95. J’avais de très bons rapports avec lui. Il m’avait confié la mission, du fait de mes activités au Moyen-Orient, d’essayer de trouver de nouveaux débouchés et de nouveaux explorateurs pour les réserves de pétrole du Congo. Comme j’avais de très bons rapports avec les Américains et que l’opérateur principal était le groupe Elf, le président Lissouba souhaitait diversifier ses partenaires et ne pas tout mettre entre les mains d’un seul opérateur.

RFI : La guerre éclate en 1997. Est-ce le président Lissouba qui vous sollicite pour acheter des armes ?

Jacques Monsieur : J’étais à Brazzaville. Tout le monde connaissait mon parcours. Comme l’armée congolaise n’était pas en mesure de mettre fin à cette rébellion rapidement, le président Lissouba m’a demandé si je pouvais aider au réapprovisionnement de l’armée. J’ai accepté. La plus grande partie des armes est venue d’Iran.

RFI : Comment cette opération est-elle financée ?

Jacques Monsieur : Contrairement à ce qui été écrit dans la presse, ces livraisons d’armes commandées par le régime du président Lissouba ont été honorées par la République du Congo, au départ de ses comptes de la Fiba [Ndlr : French Intercontinental Bank, banque d’Elf contrôlé à parité par le groupe pétrolier et la famille du président gabonais Omar Bongo] à Paris. Cela n’a jamais été réglé ou financé par Elf ou par la Fiba, mais par la République du Congo.

RFI : Mais c’était de l’argent du pétrole…

Jacques Monsieur : C’était de l’argent du pétrole, puisque le pétrole est le revenu quasi exclusif et unique du Congo.

RFI : On a prétendu que vous aviez aussi approvisionné les troupes de Denis Sassou N’Guesso.

Jacques Monsieur : Je dénie catégoriquement. Cela m’a d’ailleurs été reproché et par Sassou et par son entourage. Je suis resté loyal au président Lissouba jusqu’à la fin.

RFI : Il y a eu un retournement des autorités françaises, qui ont soudain décidé de soutenir le retour de Denis Sassou N’Guesso. Dans quelles circonstances ?

Jacques Monsieur : Au début, lorsque la guerre éclate, j’ai demandé l’avis de certaines autorités françaises sur le fait de savoir si je pouvais répondre à la demande du président Lissouba de ré-équiper l’armée congolaise. Je sentais très bien au début qu’il y avait un appui, un support de la part de la France pour le régime Lissouba, qui était un régime légal. Il avait été élu au suffrage universel en 1993, une élection surveillée par la France et par l’OUA. Régime légal donc et légitime. Au début, je sentais de la part des autorités et de certains industriels français que l’on soutenait le président Lissouba. Au bout d’un certain temps, je crois que j’ai commencé à sentir le changement. La guerre a éclaté en mai 97 et à partir du mois août, je sentais une hésitation, on ne savait plus quel camp choisir et, en septembre, j’ai senti qu’on avait décidé de soutenir Sassou et de laisser tomber Lissouba.

RFI : Dans ce « on » vous incluez les représentants du groupe Elf, le président Jaffré ou les anciens du groupe pétrolier comme André Tarallo ?

Jacques Monsieur : Ce n’est qu’une impression personnelle. Je ne sais pas qui, à ce moment là, avait le plus à dire au sein du groupe. Mais j’ai tendance à penser que la décision de soutenir Sassou a été prise au sein du groupe Elf, avant l’Elysée.

RFI : Avez-vous travaillé avec d’autres pays en Afrique ?

Jacques Monsieur : Oui, mais toujours dans la même perspective : se débarrasser du matériel qui venait d’Iran. C’est le cas au Tchad par exemple.

La prison

RFI : Vous avez passé, à partir de novembre 2000, deux ans en Iran. Sous quel régime étiez-vous incarcéré ?

Jacques Monsieur : J’ai été arrêté en novembre 2000, accusé d’espionnage, d’atteinte à la sécurité extérieure et intérieure du pays. Mon arrestation a été ordonnée par un tribunal révolutionnaire de Téhéran. J’ai été mis au secret dans une prison militaire durant un an et demi. Ce n’était pas la période la plus agréable de ma vie.

RFI : Espionnage au profit de qui et pour quoi ?

Jacques Monsieur : C’est ce que les Iraniens voulaient savoir et je leur en ai dit le moins possible. Les Iraniens se sont satisfaits de ce que je leur ai dit. Le jour de mon départ, un des grands chefs du contre-espionnage m’a dit, en Anglais : « nous savons très bien que vous ne nous avez pas tout dit, mais nous sommes obligés d’accepter ce que vous nous avez dit et nous sommes obligés de vous laissez partir ». Il vaut mieux en rester là.

RFI : Une des données importantes de votre travail a été la connaissance, en permanence, de l’état des forces armées iraniennes ?

Jacques Monsieur : Je ne veux pas trop aborder ce sujet-là. Mais ce travail nous a permis d’avoir une idée assez précise de la puissance militaire de l’Iran, autant en ce qui concerne la force militaire que l’industrie militaire. L’Iran est en train de devenir une vraie grande puissance militaire. Ils ont une armée qui dépasse tout ce que nous avons ici en Europe, du moins en puissance humaine. Et surtout, l’industrie militaire iranienne est en train de se développer à grande vitesse. Ce qui est inquiétant, c’est le fait que bientôt l’Iran, au même titre que la France, l’Angleterre ou les Etats-Unis, sera autonome et indépendant. Ce pays n’aura plus besoin de fournitures venant de l’étranger pour assumer tous ses besoins.

RFI : Et le nucléaire ?

Jacques Monsieur : Ils ont eu beaucoup d’aide : du Pakistan, ils ont obtenu certains savoir-faire de l’Allemagne, de la Chine, de la Corée aussi je crois. Et maintenant, ils ont établi des contrats de coopération avec la Russie. C’est une des grandes menaces de demain.

La justice française

RFI : Depuis deux ans, un juge d’instruction français de Bourges (centre de la France) souhaite vous entendre . Allez vous répondre à cette convocation ?

Jacques Monsieur : Bien sûr. Je souhaite que cette instruction avance et se termine au plus vite, devant un tribunal français. Mais tout dépend des conditions de l’interrogatoire et d’entrevue avec le juge.

RFI : Sur le fond, vous vous estimez innocent des faits dont on vous accuse en France ?

Jacques Monsieur : D’abord, mon dossier a déjà été jugé en Belgique. Le principe de droit du non bis in idem dit qu’à partir du moment où j’ai déjà été jugé en Belgique, je ne vois pas pourquoi je le serai à nouveau en France. Deuxièmement, je ne crois pas avoir porté atteinte à la France. Mes activités étaient domiciliées en Belgique. Et d’ailleurs, le tribunal belge l’a reconnu. Enfin, mes activités étaient parfaitement connues des services français.

RFI : A ce propos, certains membres de la DST pourraient-ils témoigner en votre faveur ?

Jacques Monsieur : Affirmatif. Ceux avec qui j’étais en contact à l’époque. Le juge d’instruction les connaît et ne les a jamais convoqués. Parmi les quatre à cinq personnes les plus haut placées de la maison.

Propos recueillis par David Servenay Article publié le 06/12/2004

http://www.rfi.fr/

Par alliance-sentinelle
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